Hortefeux aurait-il déposé plainte contre Vian ?

Assurément quand on relit les paroles du Déserteur, même dans la version pacifiste : « Monsieur le Président, Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n’aurai pas d’armes, Et qu’ils pourront tirer »; la version initiale « Que je tiendrai une arme , Et que je sais tirer... » aurait sûrement entraîné une comparution immédiate de Boris Vian… Aujourd’hui le ministre récemment condamné pour injure raciale annonce avoir déposé plainte contre deux sites web pour « injure et diffamation publiques contre la police ». Brice Hortefeux pour les faits dont il a été jugé coupable pouvait être condamné à 45 000 € d’amendes et un an d’emprisonnement alors que les poursuites qu’il engage contre les directeurs de publication (s’ils sont identifiables) de ces sites web ne sont passibles que de la même amende mais pas d’emprisonnement.

Où s’arrête la liberté d’expression et où commence la diffamation et l’injure publiques est un vaste débat que je laisserai le soin aux juges de trancher, mais je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement de ce dépôt de plainte du ministre condamné avec l’annonce récente de la suppression de la CNDS (Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité) créée en 2000 sous le gouvernement Jospin. Chaque année les rapports annuels de la CNDS étaient attendus par tous les corps de Police et de Gendarmerie avec l’appréhension de se voir mis à l’index. Les cas dont cette commission était saisie par l’intermédiaire d’un parlementaire étaient toujours l’objet d’une enquête minutieuse qui parfois concluait à des écarts avec la loi (qu’il est habituel d’appeler bavures). Nicolas Sarkozy sous la pression de la Police a décidé de supprimer la CNDS et de la fondre avec la HALDE, le Défenseur des Droits de l’Enfant et le Médiateur de la République dans le nouveau Défenseur des Droits qui aura bien du mal a remplir les rôles de tous ces organes de contrôle indispensables à toute démocratie.

Seules l’IGS (Inspection Générale des Services)  à Paris et l’IGPN (Inspection générale de la Police nationale) ailleurs resteront en place pour assurer un semblant de contrôle de la Police par elle-même. N’est-ce pas un nouveau recul démocratique qui nous attend ? Au moment où la France est de plus en plus montrée du doigt par l’Europe pour ses atteintes aux libertés que constituent par exemple les 800 000 gardes à vue annuelles sans présence continue d’un avocat, cette nouvelle décision du pouvoir en place ne nous fera pas progresser dans le sens du respect de la démocratie…

À l’instant où je mets ce billet en ligne, une vidéo, dont l’origine est expliquée ici, circule. Elle montre des CRS tirant à même le sol des bébés nus par les pieds et aussi des femmes, dont une enceinte semble évanouie. Qui prendra en compte demain les plaintes légitimes de ces femmes et enfants victimes de telles violences ?

A propos Gilles Kuntz

Ancien conseiller municipal et d'agglo de Grenoble Habitant la Villeneuve Adhérent à Ensemble!
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