avril 2009


Aujourd’hui depuis 8h30 les travailleurs sans-papiers organisés récemment en syndicat occupent le siège de la Direction Départementale du Travail et de l’Emploi à Grenoble. Soutenus par de nombreux militants et élus, ils ont tenu une conférence de presse dans les locaux de la DDTE de l’Isère pour exiger que l’État reconnaisse enfin leurs droits de vivre ici et d’y travailler.

Dans un communiqué les travailleurs expliquent : « Dans les faits, la politique restrictive et répressive des pouvoirs publics en matière d’immigration maintient et renforce le travail clandestin. C’est au contraire en donnant davantage de droits aux travailleurs étrangers, notamment en facilitant leur régularisation, qu’on se donne le plus de moyens de lutter contre le travail clandestin, et qu’on peut aboutir le plus rapidement à améliorer les conditions de travail dans des secteurs comme la restauration, le BTP, l’agriculture, l’aide à la personne… »

La semaine dernière lors d’une entrevue avec le Préfet à laquelle j’ai participé avec d’autres élus et les associations de soutien aux sans-papiers, ce dernier nous a affirmé vouloir accélérer la procédure en suivant l’avis de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) qui estime que le traitement différencié des étrangers suivant leur nationalité est discriminatoire. En effet l’administration en tenant compte des accords bilatéraux entre la France et chaque pays du Maghreb n’accordait jusqu’à maintenant pas les mêmes droits à tous. Des actions unitaires comme celle-ci devraient rappeler sa promesse au Préfet !

Aujourd’hui encore, le droit des femmes à disposer de leur corps est menacé. Dans une ville comme Grenoble où est né il y a plus de 50 ans le Mouvement Français pour le Planning Familial, des sectes prétendues catholiques encadrés de milices d’extrême-droite se livrent régulièrement à des simagrées devant le centre d’orthogénie du CHU de Grenoble sur la commune de La Tronche. Connues au dernier moment lors du dépôt de demande d’autorisation de rassemblement en Préfecture, leurs « actions de grâce » qui regroupent une quinzaine d’illuminés entrainent à chaque fois un contre rassemblement de plus de 200 personnes qui viennent affirmer par leur présence la défense du droit à l’avortement et à la contraception, c’est-à dire de la Loi. Nous avions préparé mercredi soir dans le cadre de la Plateforme IVG réunie au Planning Familial le texte d’un tract pour expliquer le sens de notre action qui a servi dès ce samedi et a été distribué aux passants et aux automobilistes. La presse (FR3) est aussi venue et a diffusé un reportage le soir même.

Si nous devons nous réjouir de cette mobilisation rapide contre les ennemis de la liberté, nous sommes étonnés de l’action de la Police. Celle-ci venue en nombre avec des dizaines de CRS munis de tout l’attirail est surtout là pour contrôler et cantonner ceux qui défendent la loi, mais laisse les opposants déployer des banderoles condamnables visibles sur cette photo « loi Veil : génocide » et « Planning assassin ».  Le Mouvement Français pour le Planning Familial compte d’ailleurs déposer plainte.

Quel dépaysement que de passer une semaine aux Pays-Bas à Amsterdam et aux alentours ! Ce qui frappe dès l’arrivée, ce sont les centaines de vélos qui circulent en tous sens sur des pistes cyclables réellement aménagées et respectéees par les automobilistes comme par les piétons. Du traditionnel vélo hollandais avec frein par rétropédalage encore très prisé, on trouve souvent des vélos familiaux comme ci-contre avec benne à l’avant pour les enfants ou les bagages les plus encombrants. Les sièges pour enfants se multiplient sur le cadre à l’avant comme à l’arrière avec parfois des sièges doubles. Tout le monde enfourche sa bicyclette : il n’est pas rare de croiser des personnes âgées encore aptes à pédaler avec vigueur. Des parkings à vélos ont été installés un peu partout avec des solutions de parcage sur deux niveaux pour moins encombrer au sol. Quant aux pistes cyclables en pleine campagne séparées des routes, nous avons pu en profiter en circulant sur les digues bien aménagées avec vue sur la mer d’un côté et le polder de l’autre : un vrai régal dont les automobilistes en bas de la digue ne peuvent profiter. À côté des vélos se développe un réseau de trams très dense, un métro en extension pour les trajets les plus longs vers la banlieue. Peu de voitures en fin de compte pour une ville de 700 000 habitants, pas de parcmètres pourtant mais des autorisations de stationnement pour les riverains, peu de parkings payants. Les touristes se replient de bonne grâce sur les nombreuses locations de vélos ou prennent les transports en commun. Bref, une ville splendide avec ses dizaines de canaux et ses merveilleux musées, mais qui garde un air respirable aidée en cela par les régimes de vents de mer, mais aussi par le développement des modes doux de déplacements. Un exemple à suivre….

Hier à 13h dans toute la France se sont rassemblés devant les Palais de Justice les « délinquants de la solidarité » qui sont venus se déclarer coupables du nouveau délit de solidarité envers les étrangers les plus démunis car sans-papiers en les aidant à se nourrir, se loger, obtenir leur carte de séjour et le droit au travail. Plus de 300 personnes ont ainsi affirmé leur « culpabilité » à Grenoble. Le film « Welcome » vient de remettre dans l’actualité ce que connaissent les associations de soutien aux sans-papiers depuis plus d’un an. Comme si ce film ne suffisait pas, la Police a voulu montrer qu’il présentait bien la réalité en interpellant et en mettant en garde à vue le 18 février dernier une femme qui organise depuis deux ans et demi les dons de nourriture et d’habits pour les migrants qui errent autour de Calais dans l’espoir de passer en Angleterre. Elle recharge aussi leurs portables. Les policiers lui on dit : « on vient vous chercher pour vous mettre en garde à vue, pour flagrant délit d’aide aux personnes en situation irrégulière ». Les mêmes faits s’étaient produits la veille à Marseille dans la communauté Emmaüs.
Si le Gouvernement a largement communiqué sur les objectifs de reconduites à la frontière, les chiffres concernant les interpellations d’aidants sont restés quant à eux dans l’ombre des annexes aux projets de lois de finances. Pourtant ils existent : ils sont prévus de 5000 pour 2009 et 5 500 pour 2010 passibles de cinq ans de prison et 30000 euros d’amende selon le CESEDA (Code d’Entrée et de Séjour des Étrangers et de la Demande d’Asile). Contrairement aux dires de Hortefeux et Besson, les faits cités en exemple montrent qu’il ne s’agit pas que de lutter contre les filières de passeurs, mais bien aussi de criminaliser les aidants pour les intimider, comme le reportage de FR3 Grenoble diffusé le jour-même le montre bien ainsi que l’interview de Maître Clémentine Frances, présente à gauche sur la photo.

Samedi à la Bourse du Travail s’est tenu le premier congrés du syndicat multiprofessionnel des travailleurs sans-papiers de l’Isère. À l’initiative de la CGT, ce syndicat regroupe des centaines de travailleurs qui occupent souvent des emplois difficiles dans le bâtiment ou la restauration et dont les patrons connaissent quasiment toujours leur absence de droit au travail. Comme le dit leur slogan « Ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici ». Depuis plus d’un an, ces travailleurs se sont organisés et ont déposé collectivement des dossiers de régularisation auprès de la Préfecture. Le Préfet a promis en échange de ne pas les expulser pendant l’étude du dossier. Mais il y a eu déjà un cas de renvoi au pays ordonné malgré cette promesse. et très peu de dossiers ont abouti. On assiste à un pourrissement de la situation voulu par le pouvoir. Notre action de soutien auprès de ces travailleurs ne doit pas se relâcher afin que l’obtention des papiers soit effective et que ce syndicat puisse être dissous comme l’a affirmé samedi Patrick Varella, secrétaire général de la CGT Isère, en présence de nombreux représentants de partis et d’associations de soutien aux sans-papiers.

Pour parodier le blog de Jean-Pierre Martin « Alerte enlèvement : toujours aucune nouvelle de Geneviève, ce sont ses camarades de classe Michel et Didier qui ont donné l’alerte : « On a manifesté ensemble le 19 mars. On avait promis de se revoir pour organiser autre chose. Les gens étaient très demandeurs. Et depuis pas de nouvelles. Nous sommes inquiets » ».  Retrouvons notre sérieux, car la situation est grave pour toutes les familles des Caterpillar qui sont frappés par le plan de licenciements annoncé par la direction de la multinationale. N’empêche qu’à force de nous calomnier pour notre prétendue absence sur le terrain des luttes, Geneviève Fioraso, députée et adjointe PS à l’économie de Grenoble a été prise hier à son propre jeu au point que le maire a cru utile de mentir sur son absence dans son discours !

La mobilisation est forte dans les usines de Grenoble et Échirolles mais aussi dans la population qui montre de jour en jour un peu plus sa solidarité avec les travailleurs menacés par cette décision de supprimer un tiers des emplois du groupe sur l’agglomération. Nombreux en effet sont les habitants qui ont un « Cater » dans leur famille ou parmi leurs amis. Les médias nationaux ont fait la une de leurs journaux sur Caterpillar il y a quelques jours quand quatre cadres dont le directeur pour la France ont été retenus une nuit dans les locaux, alors que, venus pour assister à un Comité d’Entreprise, ils prétendaient ne pas y siéger tant que la grève ne serait pas levée : un réel mépris pour les travailleurs en lutte. Pierre Piccarreta, délégué syndical CGT, que l’on voit ici sur la photo est passé dans tous les journaux télévisés et a transmis le message de fermeté des salariés qui je l’espère fera plier Caterpillar et ses actionnaires uniquement intéressés par les dividendes qu’ils pourront sauver malgré la crise. Quant à l’appel à Nicolas Sarkozy, si son action est aussi efficace qu’à Gandrange avec Arcelor-Mittal, on n’a rien à en attendre…