février 2009


Jeudi ont eu lieu à Grenoble deux manifestations. La première a débuté à 9h devant l’usine Caterpillar à Grenoble rue Léon Blum. Elle était appelée par les syndicats à l’heure où le Comité d’Entreprise était convoqué pour se voir signifier par la direction de la multinationale 733 suppressions d’emplois. Nous n’étions que deux élus de la Ville de Grenoble a être présents : Patrice Voir du PCF et moi.
Il y a deux ans au sujet des menaces pesant sur l’emploi à HP, le Maire et son adjointe à l’économie avaient fait le voyage en Californie ! Nous voulons croire que seules des considérations d’agenda ont présidé à leur absence… Les ouvriers déterminés ont bloqué l’avenue Léon Blum toute la journée débordant les consignes des syndicats. Nous devons les soutenir en leur proposant de choisir des actions moins polluantes que de brûler des pneus aux fumées toxiques, même si on doit comprendre leur colère étant jetés au chômage sans ménagement par ce groupe qui veut continuer à engranger des profits malgré la crise.
L’après-midi s’est déroulée une manifestation unitaire de la gare à la préfecture des personnels et étudiants des universités. 1800 personnes recensées par les organisateurs ont défilé pendant une heure et demie. Le mouvement ne faiblit pas eu contraire. Il devrait se durcir le 5 mars avec un blocage annoncé si le gouvernement ne renonce pas explicitement à ses réformes de casse du service public de l’Éducation à commencer par la loi LRU qui a ouvert la porte à cela.

Lundi matin, avant sa rencontre protocolaire avec le Maire, la Déléguée Genérale de la Palestine en France avait tenu à rencontrer les associations grenobloises qui œuvrent au quotidien pour la paix en Palestine. J’ai donc eu l’occasion d’accueillir Hind Khoury (à gauche sur la photo) à son arrivée à l’Hôtel de Ville. Visiblement les autres élus, plus préoccupés par la photo avec les journalistes ou le repas qui a suivi dans un grand restaurant, ont négligé ce moment pourtant rare d’une rencontre d’une Ambassadrice (c’est le rang d’Hind Khoury) avec nos concitoyens.
Très directe dans ses propos, Hind Khoury a fait part de la souffrance de son peuple en indiquant bien qui était l’agresseur et l’agressé en particulier à Gaza. Elle a regretté le soutien inconditionnel apporté à Israël par le CRIF en France lequel ne fait pas avancer la paix. Une nouvelle fois, elle a dénoncé le mur érigé par Israël en Cisjordanie et en particulier à Bethléem dont elle est originaire et où elle a vécu 40 ans.
Les associations lui ont fait part de leurs activités visant à élargir la prise de conscience de la situation par des missions civiles sur place, des actions vers les paroisses, des soirées culturelles franco-palestiniennes…
À côté de cet engagement militant, celui de la Ville de Grenoble parait bien timide. Le Maire par un souci d’équilibre mal placé reçoit la Déléguée Générale après avoir accueilli l’Ambassadeur d’Israël en début de mois. Notre coopération décentralisée avec Bethléem, que le conseil municipal vient seulement de formaliser ce lundi, doit constamment être équilibrée par une aide du même montant à Rehovot, ville jumelée avec Grenoble en Israël, capitale de la recherche nucléaire, qui n’a nul besoin de cela… Heureusement que d’autres communes voisines s’engagent sans crainte comme Gières, Eybens et Romans, sinon les visites de délégations palestiniennes dans la région seraient vidées de sens. Encore une fois le fossé entre les élus de la majorité de Grenoble et les habitants qui ont montré par milliers leur soutien à la paix en Palestine est béant.

La nouvelle crèche du Jardin de Ville en plein centre historique de Grenoble se termine. Bâtie sur la dalle d’un parking souterrain, elle a naturellement été conçue en bois pour diminuer la charge au sol. L’isolation a été poussée au maximum pour atteindre des dépenses énergétiques de l’ordre de 30 kWh/m2 et par an. Ceci est pour près de moitié inférieur aux 50 kWh/m2/an des normes respectées pour la ZAC de la caserne de Bonne. Sur la photo ci-contre, j’ai pu observer les panneaux solaires souples posés sur le toit lors de ma visite hier du chantier. Cerises sur le gâteau, ces panneaux produiront au moins avec une production de 13 kWh l’éclairage et un peu plus.

Reste le problème du financement des places de crèches. Pour le moment cette crèche moderne permettra d’abord le transfert des enfants des crèches des rues de la Poste et Mozart qui sont condamnées. Aura t-on les moyens d’ouvrir dès le printemps les 40 places de cette crèche ? Le vote prochain du budget du CCAS la semaine prochaine devrait le décider ou pas.

Le 22 janvier dernier Nicolas Sarkozy a mis gravement en cause la qualité de la recherche publique française dans un discours tenu devant un aéropage de chercheurs les plus honorés dont des prix Nobel et le dernier prix Turing. J’ai eu l’occasion de vous en parler dans un billet récent. Avec 12 233 universitaires à cette minute, j’ai signé depuis une demande d’excuses publiques au Président. Les mises en cause au plus haut niveau de l’État s’accélèrent ces jours-ci. Jeudi dernière en date, Xavier Darcos, ministre de l’Education n’a pas voulu rester dans l’ombre de l’hyperprésident. Qu’on en juge ! « Moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver les gens pour passer nos concours. Et aujourd’hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi, n’est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n’ai pas absolument besoin d’entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur. Je définis les concours dont j’ai besoin. Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai. Après, chacun nous suit, ou pas. » Quel mépris pour tous ces enseignants dévoués de nos IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) que X.Darcos veut supprimer au profit, c’est clair, de formations confiées au privé. Si nos gouvernants croient qu’avec de telles déclarations ils vont faire plier la lutte qui s’amplifie et déborde les universités, ils se trompent. Cela ne fait que renforcer le mouvement de protestation et ce ne sont pas les belles paroles de Valérie Pécresse, qui essaye de sauver sa place, qui feront illusion : « Il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour et des preuves à la communauté universitaire , nous en donnons tous les jours. » (10 février à l’Assemblée Nationale).

Vendredi était présenté à Grenoble le rapport 2009 sur le mal-logement en France avec sa déclinaison en Isère par les associations « Un toit pour tous » et « Confédération du Logement et du Cadre de Vie ». Devant des représentants des associations, des bailleurs sociaux et trop peu d’élus ( l’adjointe au logement à Grenoble et un bref passage du vice-président de La Métro en charge du même dossier), la fondation Abbé Pierre représentée à Grenoble par Un toit pour tous a dressé l’état du logement dans l’agglomération. Pas de quoi se réjouir : toujours autant de personnes sans logement, hébergées chez des tiers ou par les collectivités. Des conditions de logement souvent indignes avec des loyers exorbitants eu égard à la surface de la pièce unique louée. La CLCV qui chaque semaine visite plusieurs logements insalubres et même dangereux a montré les images de ses tristes découvertes. Côté construction de logements sociaux, le retard avec le logement privé n’est pas rattrapé et beaucoup de communes qui pourtant y sont astreintes n’atteignent pas le seuil fixé de 20% de logements sociaux. À cela s’ajoute une typologie inadaptée des logements sociaux qui sont construits : seulement 56 logements très sociaux sortis de terre en 2007 alors que 70% des demandeurs satisfont aux critères de ressources pour y accéder. Dès 2004, notre groupe tirait la sonnette d’alarme dans une conférence de presse archivée ici. Aujourd’hui, le Maire et son équipe refont l’histoire en se glorifiant des résultats que nous avons arraché à force d’amendements imposant par exemple 35 % de logements sociaux sur l’opération de Bonne (qui au final sera de 38 %). Aujourd’hui cette nouvelle majorité hétéroclite annonce 500 logements sociaux par an, doublant ainsi le chiffre de 250 que nous avions les plus grandes peines à atteindre ces dernières années avec la baisse constante de l’aide de l’État et le coût croissant du foncier à acquérir par les bailleurs sociaux. Comment croire que ceci sera rempli ? Pour ne pas être accusé de faire un procès d’intention, nous avons voté la délibération logement proposée au dernier conseil, mais nous attendons du concret dès cette année pour renverser la tendance du gel des opérations avec la crise qui frappe particulièrement le secteur immobilier. On peut toujours faire de l’affichage dans un budget, encore faut-il dépenser les crédits prévus….

Depuis une semaine, les universités de Grenoble sont très mobilisées contre les derniers décrets de notre ministre Valérie Pécresse, concernant la réforme de la formation des maîtres avec désormais un Bac+5 (master) pour présenter le concours aléatoire de professeur des écoles, et la réforme du statut des enseignants-chercheurs avec une modulation du nombre d’heures de cours à effectuer au bon vouloir des présidents d’université. Désormais, le ministère voudrait continuer sa suppression de postes (1000 cette année) en laissant les universités augmenter elle-même les services des enseignants qui lui restent : une première dans la fonction publique; plus d’égalité des droits, une charge d’enseignement conçue comme une punition… Pour les contre-vérités dites par notre hyper-président sur le sujet, je ne peux que vous conseiller d’aller voir cette courte vidéo ici.

Devant ces menaces, la colère s’est vite traduite en actions : AG de plus en plus suivies avec des amphis de 1200 personnes (étudiants, personnels), manifestations unitaires comme hier (entre 1200 et 1500 entre la campus et la Préfecture), actions festives (fausse soutenance de thèse de Valérie dans un grand amphi lundi), cours déplacés en centre ville, filtrage des entrées des campus avec distribution de tracts…. Comme dans d’autres luttes, il est essentiel d’agir ensemble pour faire reculer le gouvernement qui n’a pas besoin d’une agitation dans les universités en ce moment. Il vient de céder sur la réforme des lycées, une action ferme et unie des étudiants, enseignants, chercheurs et personnels techniques et administratifs, chacun avec leurs revendications, permettra aussi de gagner. Evidemment le gouvermenemnt choisit la période la plus difficile pour frapper, celles des vacances de neige décalées pour espérer voir le mouvement s’essouffler. Montrons lui que son calcul est mauvais !

Un directeur d’école primaire d’une petite commune de l’Isère qui refuse d’entrer les données des enfants de son école dans le nouveau fichier appelé « Base élèves » par l’Éducation Nationale est menacé d’être déchu de sa fonction de directeur par l’Inspectrice d’Académie. La commission paritaire qui doit prendre la décision siège aujourd’hui. Ce serait une première en France et cela montrerait un acharnement du pouvoir contre ceux qui contestent sa volonté de mise en fiche de la population (voir les actions contre le fichier Edvige du Ministère de l’Intérieur). J’ai eu l’occasion au dernier conseil municipal d’intervenir contre la mise en place des passeports biométriques qui en France va bien au delà des demandes de l’Union Européenne puisqu’un fichier national des visages et de 8 doigts sera créé contrairement par exemple à l’Allemagne qui ne l’a pas centralisé.

Je connais trop à titre professionnel les dérives de l’utilisation de fichiers en dehors de leur contexte initial pour ne pas tirer la sonnette d’alarme. Ceci s’ajoute aussi aux nombreuses fausses informations contenues dans le fichier STIC des infractions, où de nombreuses victimes ayant déposé plainte sont confondues avec les auteurs des délits.

L’action de Jean-Yves Le Gall est exemplaire et nous devons le soutenir avec le Collectif contre Base Élèves 38. Je vous propose de l’écouter  dans un reportage diffusé ce matin sur France Bleu Isère.

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