Université


Jeudi dernier devant un amphi comble à l’École de Commerce de Grenoble, j’ai eu le plaisir d’assister à nouveau à une conférence de Richard Stallman qui a fondé la « Free Software Foundation » (fondation du logiciel libre) et reste l’un des promoteurs les plus fervents du libre à la base entre autres la licence GNU qui permet la libre redistribution en y apportant si nécessaire des ajouts personnels de logiciels comme le navigateur Firefox, certaines versions de Linux et bien d’autres. D’ailleurs, l’outil que j’utilise pour publier ce blog wordpress est du logiciel libre. Depuis son dernier show à Grenoble qui doit remonter à plus de dix ans devant un amphi bien moins fourni, Richard Stallman n’a pas changé. À l’époque il vendait des pins pour la FSF où il était écrit en anglais : « Éloignez vos avocats de mon ordinateur ! ». Cette fois-ci il est venu avec un déguisement de gourou qu’il a revêtu à la fin avec un plateau de disque dur des années 70 en guise d’auréole !

Son discours, qui à l’époque du démarrage de Linux pouvait encore sembler celui d’un illuminé, a aujourd’hui toute sa pertinence. Le modèle économique du libre a prouvé son efficacité, puisque rien n’interdit de faire du commerce avec des adaptations sur mesure de logiciels libres et de nombreuses sociétés parmi les plus grandes en bourse s’y sont lancées avec succès. Il reste à convaincre de grandes administrations comme la Ville de Grenoble de prendre ce virage. Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui est que le chemin sera long avant d’arriver à ce but, quand on connait les refus d’installation de logiciels libres en mairie parce que ceux-ci risqueraient de mettre en danger la sécurité du réseau interne ! Peut-être qu’en 2014 après un changement de majorité, la Ville pourra entrer dans ce monde et faire des économies substantielles sur les redevances payées à Microsoft qui dépassent le million d’euros annuels.

Hier jeudi était inaugurée la « Fête de la Science 2009 » à Grenoble. Cette année, les stands sont installés bien au chaud dans les grandes salles de l’ancien Musée-Bibliothèque place de Verdun. Finies les tentes en plein air à Victor Hugo, place à des démonstrations plus vastes bien au chaud. Il reste tout de même un signal à l’extérieur avec ce dôme gonflable dans lequel se succèdent des projections de films. Même si la science n’est pas neutre et a engendré des progrès considérables pour le bien-être de chacun comme les pires armes de destruction massive, une formation scientifique permet d’exercer mieux son libre-choix et d’intervenir avec des arguments rationnels dans les débats de société comme celui qui aura lieu à Grenoble le 1er décembre autour des libertés individuelles et de la nano-médecine.

Cette exposition est vraiment à conseiller à tous les  jeunes et moins jeunes. Elle a pour but de susciter des vocations chez les futurs étudiants pour les inciter à choisir des filières scientifiques qui sont souvent à tort considérées comme plus difficiles. Mais les ainés y trouveront aussi l’occasion de parler directement avec des chercheurs qui souvent sont mes collègues dévoués qui tiennent bénévolement ces stands et ne se font pas prier pour répondre aux questions en plus de marcher sur l’eau ou de simuler une avalanche …

Créé au lendemain de la Grande Guerre en 1919, le « Foyer de l’Étudiante » à Grenoble a fêté le 6 juin ses 90 ans. À cette occasion une exposition a été présentée sur l’origine de la résidence et son histoire. Situé dans un ancien couvent reconnu par Louis XIV en 1646, il a été créé pour permettre aux femmes d’étudier à une époque où l’inégalité des droits hommes-femmes étaient la règle. Abritant pendant la dernière guerre des étudiantes étrangères bloquées à Grenoble par l’Occupation, il a gardé son rôle d’accueil principalement d’étudiantes étrangères.

Aujourd’hui, son avenir est mis en péril par l’annonce en février par le CROUS de la suppression dès ce mois de sa subvention annuelle de 32 000 €. Cet organisme qui a vocation de fournir les œuvres sociales aux étudiants pour le compte de l’État se désengage de l’aide aux associations qui souvent comme ici gèrent à meilleur compte des foyers avec un investissement non rémunéré des bénévoles. C’est 8% du budget qui disparait : les collectivités étranglées par ailleurs feront-elles l’effort de suppléer l’État dans ses missions ? Au moment où la Ville de Grenoble a tenté de chiffrer le désengagement direct de l’État, ce sont les sommes supprimées aux associations qu’il faudrait compter. Ici 32 000 €, 20 000 à Solidarité Femmes, des menaces différées pour le Planning Familial, en quelques années 100 000 € de moins à l’ODTI venant de l’ACSE, pareil pour l’ADATE, la Relève…

Comment agir pour tisser plus de lien social, quand on coupe les crédits de ceux qui font le plus dans ce sens ?

Depuis une semaine, les universités de Grenoble sont très mobilisées contre les derniers décrets de notre ministre Valérie Pécresse, concernant la réforme de la formation des maîtres avec désormais un Bac+5 (master) pour présenter le concours aléatoire de professeur des écoles, et la réforme du statut des enseignants-chercheurs avec une modulation du nombre d’heures de cours à effectuer au bon vouloir des présidents d’université. Désormais, le ministère voudrait continuer sa suppression de postes (1000 cette année) en laissant les universités augmenter elle-même les services des enseignants qui lui restent : une première dans la fonction publique; plus d’égalité des droits, une charge d’enseignement conçue comme une punition… Pour les contre-vérités dites par notre hyper-président sur le sujet, je ne peux que vous conseiller d’aller voir cette courte vidéo ici.

Devant ces menaces, la colère s’est vite traduite en actions : AG de plus en plus suivies avec des amphis de 1200 personnes (étudiants, personnels), manifestations unitaires comme hier (entre 1200 et 1500 entre la campus et la Préfecture), actions festives (fausse soutenance de thèse de Valérie dans un grand amphi lundi), cours déplacés en centre ville, filtrage des entrées des campus avec distribution de tracts…. Comme dans d’autres luttes, il est essentiel d’agir ensemble pour faire reculer le gouvernement qui n’a pas besoin d’une agitation dans les universités en ce moment. Il vient de céder sur la réforme des lycées, une action ferme et unie des étudiants, enseignants, chercheurs et personnels techniques et administratifs, chacun avec leurs revendications, permettra aussi de gagner. Evidemment le gouvermenemnt choisit la période la plus difficile pour frapper, celles des vacances de neige décalées pour espérer voir le mouvement s’essouffler. Montrons lui que son calcul est mauvais !

Pour démarrer l’année, je vous propose une montée à la Bastille. Vous y trouverez encore pour deux jours une exposition sur l’histoire de l’informatique. Celle-ci a été conçue par l‘association ACONIT qui conserve depuis 1985 le nombreux patrimoine informatique de la région, que lui confie laboratoires, industriels et particuliers. J’ai participé activement à cette association pendant le mandat précédent en tant que représentant de la Ville de Grenoble et je suis heureux que cette exposition attire autant de visiteurs (une moyenne de 200 par jour !).

C’est la démonstration que le public s’intéresse au patrimoine industriel, surtout quand il est aussi bien présenté avec de nombreuses machines remises en état de marche. L’histoire de l’informatique, dont Grenoble est une des villes pionnières, doit avoir enfin un lieu de présentation, même s’il doit être itinérant. C’est ainsi que cette exposition qui sera démontée lundi est prévue pour être redéployée à la demande afin de permettre de découvrir tous les moyens de calcul imaginés depuis le boulier jusqu’à la Wii en passant par la machine de Pascal, le premier micro-ordinateur Micral qui était français et bien d’autres merveilles conservées avec soin dans les locaux d’ACONIT 12 rue Joseph Rey.

Louis Bolliet à 50 ans de distance50 ans séparent ces deux photos : à gauche, Louis Bolliet est aux côtés de Jean Kuntzmann en train de découvrir les résultats de son programme de calcul au pupitre du Gamma III; à droite le même donnant un exposé vendredi dernier lors du colloque organisé pour fêter ses 80 ans. Vous pouvez retrouver ses dernières interview ici sur le site Interstices.

J’ai connu Louis Bolliet durant mes études, où en 1970 il m’a donné l’occasion de découvrir le monde du développement logiciel pendant trois mois de stage à Paris chez le constructeur informatique français de l’époque : la CII devenue depuis la société Bull. Louis Bolliet a toujours jeté des passerelles entre l’université et l’industrie. Très tôt, il a voulu créer un IUT d’informatique à la faculté des Sciences qui n’était alors pas prête à faire entrer la technologie dans ses cursus. Qu’à cela ne tienne ! C’est l’université des Sciences Sociales qui a créé cet IUT qui lui est toujours rattaché… Il y a plus de 20 ans, Louis Bolliet a été à l’origine de la création de l’ACONIT, association de conservation et de restauration du patrimoine informatique. À sa demande auprès du Maire, j’y ai représenté la ville pendant le dernier mandat et j’ai eu le plaisir de côtoyer Louis Bolliet toujours aussi engagé pour la conservation du patrimoine. La Ville de Grenoble lui a remis sa grande médaille d’or vendredi soir et j’en suis heureux.

Joseph Sikakis en 93J’ai appris en début de semaine dernière que la plus haute distinction académique en informatique, le Prix Turing, avait été accordée à Joseph Sifakis, directeur du laboratoire VERIMAG et chercheur toujours très actif comme en témoigne sa liste récente de publications. Je connais bien Joseph Sifakis et il ne m’en voudra pas de publier une photo que j’ai prise de lui en 93 pour le comité de direction de l’IMAG : on n’est jamais mécontent de rajeunir ainsi…

Joseph est venu à Grenoble bien avant 72 (comme il est écrit ailleurs par erreur), mais dès août 70. Militant politique engagé, c’était pour lui et sa famille une condition de survie d’échapper au régime des colonels. Je l’ai connu peu après son arrivée à Grenoble, où nous avons suivi certains cours communs, en 3e année ENSIMAG pour ma part, en DEA d’Informatique de son côté. Je l’ai côtoyé tout au long de nos années professionnelles universitaires, même si nos domaines de recherche respectifs ne nous ont pas amené à travailler ensemble. Je suis très heureux pour lui et l’informatique grenobloise de cette distinction qu’il a amplement mérité et qui rejaillit sur toute la communauté scientifique en informatique à Grenoble.